Forum

Dans ce forum, chacun est invité à s’exprimer, soit à partir des sujets déjà existants, soit en créant une nouvelle piste de réflexion.

Avancées sur le terrain !

Citation

Voici un extrait du document écrit par le père Jean L’Hour (p5):

(…) L’Église (…) effectue, de manière souterraine, invisible et parfois inconsciente, sa lente révolution dans sa pratique même de l’Évangile. Individuellement et en communautés, des chrétiens inventent de nouvelles règles de vie, de nouvelles expressions de foi (…). Ces avancées sur le terrain ne sont généralement pas reconnues ‘officiellement’, parfois elles ne sont que tolérées, et il arrive qu’elles soient tout bonnement condamnées. Peu importe. L’essentiel est que ces initiatives aient lieu et, avec le temps, elles seront jugées à leurs fruits. Si les reconnaissances officielles prématurées ne sont pas souhaitables, le magistère de l’Église, responsable de la continuité évangélique du Peuple de Dieu mais responsable aussi de la liberté de ce même Peuple, se doit d’y préserver des espaces de création, s’interdisant de risquer de tuer le bon grain par une moisson précipitée sous prétexte de tuer l’ivraie. Ce travail de terrain est nécessaire et même primordial. Mais il ne suffit pas, sous peine de perdre bientôt tout repère et jusqu’à sa raison d’être. La pensée doit l’accompagner pour en découvrir et en dire le sens.

Quelques questions sur lesquelles il serait intéressant de pouvoir partager:

  • lorsque nous vivons une célébration de la Parole, en quoi avons-nous conscience d’inventer une nouvelle manière de dire la foi qui peut parler à l’homme aujourd’hui ? 
  • quels sont les obstacles rencontrés pour leur mise en place ?
  • ces célébrations sont-elles « officiellement » refusées, tolérées, acceptées, ou valorisées ? Y a-t-il eu une évolution de leur perception ? 

A vos claviers !

 

Citation

Je réagis, un peu trop longuement sans doute, à ce texte de Jean L’Hour.  J’ai laissé couler mon écriture au gré de la lecture, faisant miennes ses intuitions et réflexions. Ces dernières m’ont permis de mettre en parallèle son écrit et la vie de notre petite communauté, au Mans.

 

            Pertinence du Christianisme ? … J’ai bien aimé cet appel de Jean à entrer dans l’arène pour un combat qui jusqu’il y a encore peu de temps ne mobilisait que les spécialistes en la matière, les savants et les sachants de tous poils. Jean L’Hour nous invite à nous saisir du message d’un certain Jésus de Nazareth et à nous questionner sur sa pertinence au regard des sociétés, des cultures et des  réseaux sociaux d’aujourd’hui. Dans un monde tourmenté, bousculé, tenté par l’identitaire et l’illibéralisme, Jean nous enjoint de témoigner d’un à-venir toujours possible, à condition que nous ne nous focalisions plus sur des dogmes surannés, sur une idéologie religieuse  englobante du passé ou, encore, sur la prétention exacerbée de l’Eglise à détenir à elle seule toute la vérité.

 

            Un certain recul des pratiques cultuelles, une posture de statue de commandeur des tenants d’un statut clérical, une paresse intellectuelle refusant toute innovation non conforme peuvent aujourd’hui, en Occident, nous faire douter d’un renouveau salvateur. Devant la lourdeur des institutions, la lenteur des changements et la raideurs des détenteurs de l’autorité, il serait même tentant de faire table rase et de passer pour pertes et profits  les recherches et travaux de nos prédécesseurs des siècles précédents. Ce serait nous priver d’un trésor,  certes souvent enfoui, de manifestations de foi en l’homme et en l’avenir qui ont fait les beaux jours d’une Eglise/société qui, un jour, devrait périr pour renaître à nouveau. J’en ai été témoin, en Bretagne , dans ma prime jeunesse. Il n’est aussi que de se souvenir des espérances des chercheurs de sens dans les années précédant le concile Vatican II.

 

            Oui, le message sera encore pertinent, nous dit Jean l’Hour … A quelques conditions cependant …

            La première, c’est qu’il ne faut pas laisser tout le boulot aux spécialistes, aux théologiens. Nous, gens du peuple au ras des pâquerettes, de par notre statut de chrétiens, nous sommes aptes à recevoir le message, à l’interpréter, à le pratiquer et à le partager au sein des communautés et à l’annoncer à l’extérieur.

            Pour ce faire, nous retournerons aux sources pour retrouver l’intuition initiale et pour favoriser une proximité avec le transmetteur, Jésus de Nazareth, fils de l’homme et fils de Dieu, comme nous tous.

            Il faudra que nous soyons à l’écoute du monde en évolution, vivant mille morts et quelques résurrections. A l’écoute nous ferons toute leur place à ceux et celles qui cherchent leur voie pour une humanisation toujours plus fine, qu’ils soient croyants ou pas. Ce ne sera pas une recherche en chambre, en labo ou en ghetto. Nous cheminerons avec le maximum de personnes différentes, reconnaissant aussi que d’autres s’engagent sur des chemins différents, mais pas moins praticables, pour aller à la rencontre de mondes  nouveaux.

            Tout langage de la tribu sera banni. Nous exprimerons notre foi et nous témoignerons dans un langage d’aujourd’hui, avec des concepts d’époque, des actes et des signes appropriés à la culture ambiante, sans fioritures ni circonvolutions. Le langage se fera polyphonie.

 

 

            Dans notre petite communauté de Chrétiens en Marche 72, compagnons de route, nous poursuivons le chemin tel que décrit par Jean L’Hour, avec pas mal de cahots et d’approximations, et nous continuons à chercher en empruntant aussi quelques chemins de traverses.

 

Nous pensons que le christianisme est encore pertinent et qu’il a un avenir. Nous y travaillons mais … ce n’est pas sans mal, suspectés de déviance que nous sommes par les responsables diocésains et pas mal de nos frères et sœurs chrétiens.

 

            Pour moi, une question demeure … Jean y a fait allusion un moment. Toute cette recherche concerne essentiellement des croyants dans une Eglise en perte de vitesse, essayant vaille que vaille de se raccrocher aux branches du nombre impressionnant de catéchumènes ces dernières années, l’Eglise qui est en France. Mais comment un texte comme celui-là pourrait-il être reçu dans l’Eglise universelle, en Afrique, par exemple, où le nombre de chrétiens explose ou en Malaisie où Jean a vécu ?

 

 

Merci, Jean, et merci à toi, Chantal, de m’avoir transmis ce bel et dynamique écrit

 

 

Gérard Guérin, de Chrétiens en Marche 72.